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  1. C’est un parcours à travers le Liban, des allers-retours lors de deux voyages. Accompagnant une ONG dans ses enquêtes de terrain et ses rencontres avec les personnages clés de la régions, je découvre le pays sous l’angle de ses frontières. Historiques, politiques, géographiques, ethnico-religieuses, les frontières sont partout. Politiques avec la Syrie et Israël, elles sont marquées par les flux de réfugiés palestiniens, puis syriens aujourd’hui, qui contribuent à déstabiliser des équilibres religieux fragiles. Impalpables, elles passent au cœur même de la société libanaise où s’opposent et se mêlent différentes confessions: Sunnites, Maronites, Orthodoxes, Arméniens, Druzes, Melchites, Chiites et bien d’autres. Pendant la guerre civile (1975-1990), une ligne verte, démarquant Chrétiens et Musulmans traversait Beyrouth. Elle est devenue une grande artère de la cité, un lieu de passage et de circulations tandis que les conflits se sont déplacés ailleurs, au Nord, par exemple, vers Tripoli dans l’Akkar. Les frontières naturelles, entre terre et mer, Bassin levantin et Méditerranée constituent quant à elles la seule ouverture possible quand toutes les autres sont fermées.

     La frontière, on la retrouve aussi dans les contrastes perceptibles entre une tradition très présente et une modernité qui arrive de l’étranger.  C’est encore une frontière nature culture qui rapproche de façon saisissante des espaces urbanisés saturés et une montagne vierge débordante. Cette opposition entre espace domestiqué et espace sauvage on la retrouve en plein cœur des villes où elle peut se manifester dans des situations inattendues comme ce jour où une tempête de neige a fait ironiquement ressortir l’inutilité des gros 4X4, sans lesquels les libanais ne sauraient s’aventurer hors de chez eux.
     
    Mais sur mon chemin, j’ai aussi rencontré des zones franches, des terrains d’entente et de cohabitation, hippodromes, stades de foot ou terrains vagues, lieux de sport ou de récréation dans lesquels toute idée de frontière semble abolie.
    Ce carnet tente de traduire, sur un mode impressionniste, les espaces, les rencontres, les étonnements suscités par l’enchevêtrement de ces frontières, ou plus encore par leur bienheureuse suspension.